De Google Analytics à la généalogie, en passant par la nécrophilie…

Voilà un billet dont le titre est à lui seul une promesse de surprises dans les prochaines statistiques de visites :)

Je vais vous relater ici toute une enquête qui a débuté par un fait anodin pour nous, webmasters et qui, poussé par fantaisie (un peu morbide comme vous le verrez), m’a amené loin dans le temps (et les profondeurs du web). Cet article est surtout un exemple parfait de sérendipité (du moins au début).

Tout à commencé il y a quelques mois quand j’ai constaté une anomalie sur les statistiques de visites d’un de mes sites. Comme vous le savez peut-être, en tant que généalogiste amateur, j’entretiens un site web qui contient une partie de mes recherches réalisées sur mes ancêtres (le site « Blot, Guiraud & Co » pas la peine de cliquer de suite, j’en parlerai en détail plus bas. En fait, je vais faire en sorte que vous n’ayez pas besoin d’aller le consulter). Pour les internautes qui ne le savent pas, les webmasters ont la possibilité de poser divers types de mouchards pour comptabiliser les visiteurs et identifier plus ou moins précisément leur origine et leur comportement sur le site en question. Pour ma part, après une expérience décevante avec Piwik, je suis revenu au système Google Analytics (et ce qu’on appelait jadis Google Sitemaps). Brève parenthèse, ami internaute, si l’idée même d’être pisté sur le web comme une chienne en chaleur l’est par les sacs à puces du quartier, je te conseille l’application Ghostery. Grâce à celle-ci, tu resteras anonyme (voire invisible ?). Bref, un beau matin, alors que je regardais comme tous les jours les statistiques de mes divers sites, j’ai pu constater un surcroit de visites sur mon site de généalogie d’ordinaire si calme… (j’ai en moyenne 5 visites par jour sur ce site) Ô Joie, pendant une petite semaine, je suis monté à quelques dizaines de visites quotidiennes ce qui est signe de très grosse activité sur une page perso dédiée à la généalogie. En fait, ça arrive lorsqu’il arrive quelque chose à une personne contemporaine un tant soit peu célèbre.

Photo de Henri Blot, résistant français pendant la Seconde Guerre Mondiale, décédé en juillet 1945.

C’était bien entendu la cause de tout ce chahut : une rapide analyse des statistiques de Google Analytics et de la visibilité de mon site sur le moteur de recherche Google m’indiquait que la France (ou du moins quelques français) s’intéressait à un certain Henri BLOT et, étant donné qu’un de mes aïeux se nommait BLOT, le hasard de mes recherches généalogiques sur ce patronyme avait fait en sorte que trois antiques Henri BLOT étaient enregistrés dans ma base de données (ici, ici et mais c’est pas très intéressant, ce ne sont que des noms et des dates). Dans le même esprit, une brève enquête que Google Actualités m’apprend que quelques jours auparavant, un article était paru dans le journal La Voix du Nord relatant l’hommage fait par la ville de Denain envers un membre de la résistance locale lors de la Seconde Guerre Mondiale : L’interminable combat d’Henri Blot mené au nom de son père, ce héros… (lien extérieur que je vous invite cette fois-ci à consulter). L’anecdote aurait pu se finir là mais en voulant voir de quelle manière mes pauvres pages web se positionnaient sur Google, j’ai découvert qu’il y avait un Henri BLOT autrement plus célèbre : le vampire de Saint-Ouen !

 

 

En effet, pas mal de pages web, francophones ou pas, relatent l’existence, au XIXème siècle, d’un

Henri de la Tour d’Auvergne dont le portrait (tout comme celui de Henri Blot montré plus haut) est souvent considéré à tort comme celui de Henri, le vampire de Saint-Ouen. Il n’y a, à ma connaissance, pas d’image de ce dernier.

sinistre individu ayant commis un des tabous de la plupart des sociétés : la nécrophilie (à la différence de cultures qui pratiquent le cannibalisme, je n’en connais pas qui pratiquent ouvertement et traditionnellement la nécrophilie. Si un ethnologue veut donner du grain à moudre dans les commentaires qu’il n’hésite pas). La plupart de ces sites parlant de Henri BLOT, le vampire de Saint-Ouen, proposaient plus ou moins le même contenu traduit en diverses langues. Il s’avère qu’ils font tous référence à un ouvrage rédigé par un psychiatre de la fin du XIXème siècle, Richard von Krafft-Ebing qui devisait sur divers criminels  de son époque présentant une « psychopathologie sexuelle ». Je n’en sais pas plus sur cet ouvrage à part que l’auteur en question aurait trouvé la source de ses informations à propos de Henri BLOT dans ce qui s’appelait à l’époque la « Gazette des tribunaux« . J’ai pu constater ça en cherchant des renseignements sur Google Books, cette partie du moteur de recherche qui fouille dans les numérisations réalisées par Google. Dans un exemplaire de cette gazette, le procès de Henri BLOT y était relaté en détail. Malheureusement, les archives de cette gazette ne sont pas accessibles en ligne et Google ne permet pas d’accéder à l’intégralité des numérisations auxquelles il donne accès. J’ai donc dû ruser…

Dans quel but ? Pourquoi se donner autant de « mal » ? Parce qu’il en a fallut peu pour que, sur le ton de la blague, mon entourage et moi nous nous demandions si Henri BLOT et moi partagions un ancêtre commun, si j’étais cousin éloigné du vampire de Saint-Ouen ^^ Et mine de rien, il y a potentiellement moyen de trouver ces informations si on taquine un minimum en généalogie. Me voilà donc à la recherche de l’ascendance de Henri BLOT, en quête des racines du Mal !!!

Pour commencer une recherche généalogique, il faut des informations simples mais parfois difficiles à trouver : nom-prénom (facile…), diverses dates et lieux (de naissance, de mariage, de décès. Idéalement les trois). Dans le pire des cas, l’acte de décès ne sert qu’à indiquer l’âge du défunt et donc la date de naissance approximative. L’acte de naissance donne l’identité des parents et le Saint-Graal, l’acte de mariage, donne au pire des cas l’identité des parents et l’âge des mariés. Au pire des cas, parce que selon les époques et les villes, on a encore plus d’informations. Donc pour commencer la chronique familiale du vampire, il me fallait au moins une date et un lieu. Ce qu’aucun site internet ne voulait fournir. Enfin, si, ces sites web reprenaient tous en choeur qu’Henri avait 26 ans lors de son procès qui a eu lieu en 1886, situant sa naissance autour de 1860.

C’est donc dans cet optique que j’ai cherché les minutes de son procès. Quand j’ai dit que j’ai rusé, la ruse était petite : le document que citait Google Books était un recueil de procès écrit par un canadien, un peu la version XIXème du magazine « Détective » : The Legal News 9. J’ai donc un peu fouillé et rapidement trouvé un site qui proposait le téléchargement légal d’archives diverses dont The Legal News 9. En voici un extrait avec les 4 pages qui nous intéressent :

Dans ces pages, on apprend diverses choses intéressantes outre le détail des actes perpétrés par le nécrophile. Déjà, on constate que les racines du Mal ne s’enchevêtrent surement pas dans les siècles passés (on s’en doutait déjà hein, c’est juste un prétexte…) mais baignent tout simplement dans l’alcool. Une jeunesse un peu sombre gâchée par l’épilepsie et saccagée par l’alcool. Ce qui lui vaudra des circonstances atténuantes si j’ai bien compris. On apprend aussi que ses parents sont toujours vivants en 1886 puisqu’ils témoignent au procès. Que Henri est marié depuis juillet 1884 et a un enfant (et vit séparé de son épouse excédée par son alcoolisme). C’est ce détail qui m’a permis de continuer : juillet 1884, c’est suffisamment précis. J’ai donc cherché dans les archives municipales en ligne de Saint-Ouen qui proposent les numérisations des actes civils et paroissiaux de la ville. Toutes les villes ne font pas ça, déjà parce que toutes les villes ne maintiennent pas une copie des archives (passé 75 ans les archives stockées dans la mairie vont dans les archives départementales). Comme c’est le cas pour les archives de Saint-Ouen, ça veut dire qu’il y a un jeu d’archives qui est parti aux archives départementales et qu’il y a un jeu qui est conservé par la mairie de Saint-Ouen. Ou sinon, ils ont seulement conservé une copie de la numérisation. C’est probablement ça d’ailleurs maintenant que j’y réfléchis mais c’est quand même méritoire : il faut assumer la mise en ligne, le serveur, etc. Toutes les villes ne peuvent pas se le permettre. J’ai donc trouvé l’acte de mariage entre Henri BLOT et Eugénie Carez le 17 juillet 1884 à Saint-Ouen :

S’il pouvait y avoir un doute sur l’identité du Henri Blot en question (rien dans le procès ne dit que Henri Blot s’est marié à Saint-Ouen, ça aurait pu être ailleurs en France et mine de rien, ce genre de confusion arrive régulièrement en généalogie), la mention « demeurant avec ses père et mère au Cimetière de Saint-Ouen » lève ce dernier doute sachant que le père et le fils travaillaient dans ce cimetière. La traque généalogique peut commencer avec ce document de départ. Comme vous pouvez le constater, étant donné qu’on est au milieu du XIXème siècle, l’acte est bavard avec dates et lieux de naissance des mariés, identité, âge et profession des parents (notamment, Hippolyte BLOT, le père). Ah si seulement ils pouvaient être tous comme ça… La suite se passe donc à Paris en 1860 avec la naissance du p’tit vampire.

Faux départ !

Normalement, à partir de là, tout doit s’enchainer les doigts dans le nez jusqu’à la Révolution Française (les actes d’état-civil étant gentiment indexés sous forme de tables décennales ce qui facilite grandement les recherches) suivi par un échauffement pendant le XVIIIème siècle et enfin le laconique XVIIème (ils étaient obligés de noter les baptêmes, mariages et sépultures mais ils n’étaient pas très bavards en ce temps là… Faut redouter le XVIIème). Hmmm quel petit naïf que j’étais moi qui ait fait la plupart de mes recherches dans les archives de Mayenne… Paris, le piège, le traquenard ^^. Pas de souci, y a des archives en ligne pour Paris mais déjà, cette histoire d’arrondissements, c’était un mauvais présage. Les arrondissements actuels existaient déjà dès 1859 (c’est à dire AVANT la naissance de Henri) mais ce trou du cul d’officier d’état-civil qui a rédigé l’acte de mariage de 1884 n’a pas été foutu d’indiquer l’arrondissement de naissance… Il a donc fallut que je me tartine les tables décennales de tous les arrondissements pour la décennie autour de l’année 1860 pour repérer tous les Henri Blot nés à cette période (c’est là qu’on voit tout l’intérêt des seconds voire troisièmes prénoms qu’on se tartine sur nos cartes d’identité). Et là, que pouic, pas de Henri Blot né en 1860 mais seulement un en 1862 dans le 14ème. Impossible de le retrouver sur les registres originaux (là où les actes sont relevés et à partir desquels sont constituées les tables décennales). Mais ce n’est qu’on petit contretemps finalement et j’arrive à retrouver l’acte de naissance de Henri Blot, fils d’Hippolyte Clément, né donc à Paris dans le 14ème, le 31/10/1860 comme le prédisait son âge (26 ans) lors de son procès en 1886. Pour l’instant, je rentrais dans les clous et ne fait que confirmer ce qu’on savait déjà :

Et là, on fait comment ? On regarde dans les tables décennales de Paris à la recherche du mariage des parents ? Tout provincial que je suis, j’ignorais alors la malédiction du généalogiste parisien : ces salauds de pauvres ont cramé les archives de Paris lors de la Commune en mai 1871. Seuls quelques actes postérieurs à 1860 ont survécu. Racaille socialo-communiste ! J’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé à Paris concernant les parents de Henri Blot (il reste quand même quelques actes antérieurs à 1860), je sais juste que Hippolyte Clément Blot est né en 1823-24 et ça ne suffit pas pour aller plus loin. La tâche s’avérant plus difficile que prévu, j’ai décidé de remettre cette partie des recherches de côté et de m’attaquer à une autre partie le devenir et la descendance de Henri BLOT.

Le Fugitif

A priori, la chose n’est pas aisée : d’après les sources web, il semble que Henri Blot se soit évadé peut après son procès pour disparaitre dans la nature. A partir de là, plus de signe de sa part, l’individu semble disparaitre de l’Histoire (bon le H majuscule est exagéré…). Mais si on s’en donne la peine, il suffit de parcourir les tables décennales de Paris les années qui suivent le procès pour le retrouver. Finalement, il n’y a pas des masses de Henri Blot à Paris… J’ai donc trouvé la trace de son décès en 1898 (cf Acte de décès de Henri Blot, le 25 avril 1898) :

Il n’est pas parti bien loin (ou du moins, il est revenu) puisqu’il est décédé dans le 6ème arrondissement, rue Ambroise Paré qui semble actuellement être celle d’une clinique (qui existait à l’époque ?). Il avait alors 37 ans et travaillait comme journalier (l’intérim d’antan) et habitait dans le 18ème arrondissement, 28 rue Feutrier. S’il y en a qui connaissent le quartier, sachez donc que c’était la dernière demeure du Vampire de Saint-Ouen. Comment est-il mort ? Peut-être que les archives de la clinique en parlent, peut-être qu’un rapport de police à quelque chose à dire à ce propos. Je ne peux pas y avoir accès simplement (ni légalement je pense). Toujours est-il que son acte de décès révèle qu’il était toujours célibataire depuis le divorce d’avec Eugénie Carez (cf la note verticale sur le côté de l’acte de leur mariage, la deuxième page). Qu’en est-il du reste de sa famille ? L’acte révèle que ses parents sont décédés avant lui (donc avant 1898), mine de rien c’est une information précieuse, j’en parlerais plus tard. Histoire de dresser de manière un peu plus complète l’héritage de Henri Blot, je suis parti à la recherche de sa descendance. On sait d’après le procès qu’il a eu un enfant d’Eugénie Carez entre 1884 (le mariage) et 1886 (le procès). Comme ils se sont mariés à Saint-Ouen, la logique voulait que je cherche dans les archives de cette ville et un rapide coup d’œil aux tables décennales en ligne m’indique que les faits vont dans ce sens :

Je vous présente Charles Henry BLOT (notez le « y » du second prénom, très british, je ne sais pas si c’était à la mode à l’époque. D’ailleurs, je ne sais pas si c’est réellement british) né à Saint-Ouen le 4 juin 1885. Document assez instructif puisqu’on peut voir sur la marge la date de son mariage et de son décès (comme nos actes d’état civil actuel, sur lesquels on peut même y voir figurer l’existence d’un PACS). A l’époque, il y avait une sorte de tradition qui faisait que le prénom d’usage était le second prénom. J’ai ouï dire que c’était une superstition (du nord de la France mais pas seulement) : c’est le moyen de tromper les démons/le diable (sic) en évitant de nommer un enfant par son premier prénom, le plus important, le plus significatif, celui par lequel le diable ou le démon aurait une prise sur l’enfant. Vous pensez que Maman Eugénie l’appelait « mon petit Henry » en souvenir de son papa pédo-nécrophile (lisez le procès ^^’) ?

Charles Henry Blot a donc épousé Jeanne Marie Banière au Perreux (appelé Le Perreux-sur-Marne de nos jours) en mars 1912. Je n’ai pas l’acte de mariage (trop récent) mais j’ai pu choper l’acte de naissance de Jeanne Marie qui a eu le bon gout de naitre dans cette bourgade du Perreux. Acte de naissance de Jeanne Marie Banière le 3 juin 1889 au Perreux-sur-Marne :

On n’y apprend pas grand chose d’utile, c’est juste pour la forme, pour la beauté de la traque. La date et le lieu de mariage avec le petit Henry sont confirmés dans la marge et comme sur l’acte de naissance de ce dernier, on peut voir les dates et lieux de décès. On peut donc situer les décès du fils du vampire et de sa bru respectivement en 1948 à Paris pour le premier et en 1968 à Asnières-sur-Seine pour la dernière. Ce qui est intéressant à ce niveau des recherches, c’est qu’on fleure avec les limites de la légalité : je ne sais plus si je l’ai déjà expliqué mais il me semble que seuls les actes d’état civil vieux de plus de 75 ans (et seulement s’il concerne des personnes décédées) sont accessibles au public (en ligne ou en papier), les actes plus récents ne le sont que pour les membres de la famille (ou les généalogistes successoraux ou les juristes, la police). Les actes dont je parle là ont plus de 75 ans et traitent de personnes décédées mais je ne peux pas aller plus loin. Je pourrais contacter les mairies concernées pour avoir les actes en sortant un gros mytho mais vous comprenez qu’on sort d’une simple recherche généalogique : Charles et Jeanne là ont peut-être des descendants qui n’ont peut-être pas envie qu’on creuse le sujet et qu’on arrive à faire le lien entre eux et un célèbre nécrophile du XIXème siècle. Pourtant, y a peut-être moyen avec les archives des journaux locaux, les rubriques nécrologiques qui donnent les noms des membres de la famille (ce n’est pas anodin : c’est comme ça d’ailleurs que j’ai pu faire des recherches sur mes propres ancêtres. Avec une date et un lieu de naissance sur un vieux faire-part d’obsèques).

Mais je vais faire comme Henri et me contenter des macchabées. En fait, je me suis intéressé à la descendance parce que j’avais un long temps d’attente concernant mes recherches sur les ancêtres Blot du vampire de Saint-Ouen. La prochaine étape a nécessité de faire appel à la plupart des ressources des généalogistes amateurs.

Chasse à l’homme

Rappelez vous, dans l’acte de décès de Henri Blot, en 1898, il était indiqué que ses parents étaient décédés. Donc Hippolyte Blot est décédé entre 1886 et 1898. Il n’est décédé ni à Saint-Ouen, ni à Paris si on se fie aux tables décennales de ces villes.

Dans ce cas-là, il y a LE site francophone de généalogie : Geneanet.net, c’est une base de données alimentée par les participants qui y déposent leurs recherches généalogiques. Comme ça génère pas mal de trafic, le site est devenu optionnellement payant : les recherches les plus fines nécessitent des points, un abonnement ou ce genre de participation. Les webmasters ont assuré la communauté (très pointilleuse sur l’aspect non commercial) que le site n’avait pas pour vocation à être commercial, que les deniers récoltés servaient à faire tourner le site mais comme on dit : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Je soutiens le site en y hébergeant la plupart de mes recherches et en les tenant à jour pas trop irrégulièrement… Sur ce site, on peut donc gratuitement chercher un patronyme dans un lieu (ville, pays, région, département) en ciblant plus ou moins (en l’occurrence sur la période 1886-1898) et le moteur interne nous donne des liens vers tous les arbres généalogiques de la base de données qui ont au moins un Blot en Ile-de-France entre 1886 et 1898. En plus, on a « accès » à une liste d’actes répertoriés et diverses collections d’accès limité. Et là, dans ces actes, je trouve le Saint-Graal :

Vous avez-vu ? D’une part, j’ai la confirmation qu’Hippolyte Blot, le père de Henri, est décédé en région parisienne mais en plus, une erreur de scan m’indique clairement la date de décès, le 28 janvier 1895. Si je trouve le lieu, j’ai l’acte de décès et potentiellement la date et le lieu de naissance (et l’identité des parents, bref de quoi remonter la lignée).

Mais que sont ces fiches ? Ce sont des scans des fiches des archives Coutot. Ce sont des archives privées initiées en 1895 justement par Amédée Coutot. Le but du jeu était de recueillir ces données en souffrance dans la région parisienne et synthétiser chaque acte retrouvé en une fiche dont les gérants du fond donnait l’accès moyennant finance (si j’ai bien compris). L’intérêt à l’époque, c’était pour la généalogie successorale, la branche professionnelle de la généalogie. Le principe, quand quelqu’un décède sans héritier apparent, c’est de faire appel à une officine de généalogie, ces derniers retrouvent des héritiers et touchent un pourcentage de l’héritage. C’est une pratique toujours en vigueur il me semble. Il y a 50-100 ans, il y avait donc un fort intérêt pour ce genre de données d’état-civil mais au fil des décennies, de nos jours, ces données sont moins utiles pour les généalogistes professionnels mais représentent une manne financière avec l’essor de la généalogie-hobby. Et ça coute la peau des couilles, 20 points, c’est approximativement 2€.  Pour un acte, c’est cher. Là, je m’intéresse à une seule personne mais généralement, on cherche toute la famille, fratrie et dans ces conditions, si on veut être un tantinet exhaustif, ce sont des dizaines d’actes qui sont nécessaires. Manquerait plus que ça devienne un hobby de riches…

J’ai cherché un moyen de trouver la fiche que je voulais à moindre prix. Il s’avère que les Fonds Coutot ont leur propre service internet et qu’ils ont fait un partenariat avec 3 « distributeurs » (dont geneanet). Je cherche sur chacun d’eux et sur genealogie.com, le moteur de recherche me répond qu’ils possèdent effectivement le scan de la fiche d’un certain Hippolyte Clément Blot né le xxxxx à Asnières-sur-Seine (avec une vignette sur laquelle on reconnait très bien la fiche trouvée sur Geneanet). Donc Geneanet nous indique que Hippolyte Clément Blot est décédé en 1895 et Genealogie.com qu’il est décédée à Asnières-sur-Seine. Ca, c’est fait ^^ !

Easter Egg

Il n’y a plus qu’à aller sur le site d’Asnières-sur-Seine, découvrir qu’ils n’ont pas d’archives en ligne. Aller sur le site des archives départementales en ligne des Hauts-de-Seine et découvrir qu’elles ne vont que jusqu’en 1885 au plus tard -_- Fin de la traque ? Que nenni, il y a un service d’entraide assez développé entre les généalogistes (d’ailleurs, ça fait plusieurs fois que j’y fais appel, je devrais leur rendre la pareille) : EntraideGenWeb, le service d’entraide du réseau FranceGenWeb. FranceGenWeb, c’est un réseau national (rattaché à un réseau international WorldGenWeb) constitué de bénévoles qui font de la généalogie pour leur propre compte mais qui ne rechignent pas à placer quelques recherches pour autrui quand ils vont faire un tour aux archives départementales de leur patelin. C’est très utile pour faire des recherches épisodiques dans des zones où il n’y a pas d’archives en ligne. Pour ma part, je l’avais déjà utilisé pour faire quelques recherches dans l’Aude, en Belgique néerlandophone, dans le Nord et, pour le besoin de cette enquête, dans les Hauts-de-Seine. Pour ne pas saturer le réseau, on n’a droit qu’à une recherche par mois (je pense que c’est une recherche par mois et par département mais je n’en fais qu’une par mois : c’est un service véritablement désintéressé et je ne veux pas dégouter les gens qui donnent de leur temps pour ça). J’ai donc demandé aux bénévoles des Hauts-de-Seine de me trouver la fiche de Hippolyte Clément Blot et c’est parce que ça prend du temps que j’ai eu le temps de fouiner dans la descendance de Henri Blot. Mais l’attente a été fructueuse :

Voici l’acte de décès d’Hippolyte Clément Blot, décédé à Asnières-sur-Seine le 28 janvier 1895. On y apprend que son épouse, Anne Boisot, est déjà décédée à ce moment là (mais on ne sait ni où ni quand) et on apprend surtout qu’il est né non pas dans la région parisienne (un vrai calvaire de généalogiste) mais en Eure-et-Loir à Saint-Sauveur-Levasville, probablement en 1824. L’acte de décès est plus pauvre en informations que l’acte de décès de Henri Blot mais c’est suffisant pour continuer le voyage dans le temps (et dans le fin fond de la France).

Saint-Sauveur-Levasville

Quand je m’intéresse particulièrement à la généalogie d’une personne, j’ai tendance à m’intéresser non seulement aux actes d’état civil (ou de paroisse) mais au contexte c’est à dire l’époque, le lieu, etc. En l’occurrence, je ne connais pas Saint-Sauveur-Levasville, la ville natale de Hippolyte Blot, ni la région même si je la devine rurale. Il me semble que c’est dans la région d’Eure-et-Loir qu’on appelle le Perche, qui est humide et bocagère dixit Wikipedia ; rurale effectivement avec plein de petits villages qui ont dû s’ériger au fur et à mesure que les habitants asséchaient la région (je fais des suppositions, ça s’est passé comme ça dans le Médoc, je suppose que c’est la même problématique dans toutes les régions marécageuses…). Dans les années 70 (1970…) le village de Saint-Sauveur-Levasville a fusionné avec Marville-les-Bois pour donner Saint-Sauveur-Marville qui est désormais une commune d’à peine moins de 1000 habitants.

Je n’ai pas de photo d’époque (la photographie commence à peine à émerger, les inventeurs avaient autre chose à foutre que prendre Saint-Sauveur en photo pour illustrer mon blog…) mais je peux vous proposer cette petite carte toute mignonne :

Dans ce genre de petites villes, les archives d’époque se retrouvent dans les archives départementales, de l’Eure-et-Loir en l’occurrence. Par chance, ces archives sont disponibles en ligne : Archives départementales en ligne d’Eure-et-Loir. A partir de là, c’est de la littérature comme on dit. Vérification dans les tables décennales de Saint-Sauveur-Levasville, récupération de l’acte de naissance et voici le petit Hypolitte Clément Blot qui est né le 16 septembre 1823 :

 

Vous avez noté la différence d’orthographe du prénom ? On passe d’Hippolyte à Hypolitte. C’est courant malheureusement : les parents ne sont pas forcément lettrés et les officiers de l’Etat Civil le sont parfois à peine. Ce qui nous sauve là, c’est la date approximative (y a pas beaucoup d’Hy(i)p(p)oli(y)t(t)e né en 1823-1824 dans le patelin) et surtout le second prénom. C’est très précieux ces seconds et troisièmes prénoms dont on nous affuble encore à la naissance. Même de nos jours : je sais qu’il y a quelqu’un d’à peu près mon âge qui a le même nom et premier prénom que moi dans une rue à côté et je sais aussi, pour l’avoir entendu à la radio, qu’il y a une autre personne dans la région qui a mon nom, mon premier prénom avec des parents qui ont les mêmes prénoms que les miens mais qui a une soeur à la place d’un frère. Imaginez donc la difficulté dans des villages où la tradition était d’appeler son premier fils comme son père ou son grand-père, où les fratries étaient denses et nombreuses, il n’était pas rare d’avoir des périodes où tous les frères et cousins d’un village avaient leur premier fils en même temps qu’ils prénommaient tous de la même manière (et je ne parle pas des familles qui prenaient le même premier prénom pour leurs enfants et ne les différenciaient que par leur second. D’ailleurs, c’est une explication plus plausible pour le second prénom qui est le prénom d’usage que ces histoires de superstition…). Voilà pour l’orthographe et les seconds prénoms, revenons à la famille du fossoyeur (Hippolyte tout comme Henri étaient fossoyeurs à Saint-Ouen, le deuxième moins longtemps que le premier) : On a l’identité et l’origine des parents, Jean Blot de Louvilliers-lés-Perche et Françoise Merville de Thimert (Thimert-Gâtelles). Comme je ne m’intéresse qu’à la lignée agnatique (de père en fils), je laisse tomber la Françoise et part à la recherche de Jean Blot. Dans ces conditions, impossible de trouver son acte de naissance, on ne sait pas son âge et il y a surement eu des dizaines de Jean Blot durant les 50 années précédentes à Louvilliers, je ne saurais dire lequel est le notre. Il nous faut l’acte de mariage de Jean Blot et Françoise Merville.

Mais point d’un tel mariage ni à Louvilliers, ni à Thimert, ni à Saint-Sauveur. Cette fois-ci aussi, je fais appel à la communauté : je cherche des Blot et des Merville dans les villes précitées sur les arbres de Geneanet : que dalle. Je m’abonne à une des listes de discussions du réseau GenWeb (CousinsGenWeb), celle dédiée aux recherches en Eure-et-Loir. Je fais ça parce qu’il arrive souvent que des généalogistes refusent de publier leurs recherches sur Geneanet ou encore sur le web et préfèrent conserver leurs trouvailles pour eux et leur famille. Mais ces personnes qui fréquentent parfois les listes de discussions CousinsGenWeb ne dédaignent pas forcément aider quelqu’un qui demande un renseignement précis. C’est donc ce que j’ai fait, en vain d’ailleurs, j’avais en fait peu de chances pour que quelqu’un s’intéresse aux mêmes ancêtres que moi. Mais j’y ai eu la confirmation que selon les traditions anciennes, le mariage se réalisait la plupart du temps dans le village de la future épouse. Il est tout à fait possible que Thimert ne puisse pas célébrer une noce et que celle-ci se soit fait dans les parages. J’ai donc cherché le village le plus proche à vol d’oiseau, Saint-Jean-de-Rebervilliers et, coup de bol, j’ai retrouvé leurs traces comme en témoigne l’acte de leur mariage qui a donc eu lieu à Saint-Jean-de-Rebervilliers le 29 septembre 1807 :

Notez la disposition de l’acte de mariage, c’est typique de la période révolutionnaire : des actes pré-remplis où l’officier d’Etat Civil n’a plus qu’à remplir les trous avec les noms, prénoms, dates, etc. Pas très malin parce que tous les actes ne racontent pas la même chose (il manque parfois des informations ou, au contraire, il y en a trop) ou parce que l’écriture de l’officier ne convient pas forcément. Plus tard, après le premier quart du XIXème siècle, on revoit apparaître des actes entièrement rédigés à la main. En fait, ils sont pré-remplis (le blabla officiel est quasiment toujours le même) et l’officier ajoute ensuite les détails de l’acte (surement devant les concernés et les témoins).

Vous avez vu avec ces divers exemples, les difficultés qui se présentent aux généalogistes pour retracer une lignée. Pour retrouver des noms, des dates, des lieux. Cette recherche est typique parce que j’ai eu le droit à tous les problèmes (enfin presque, je n’ai pas eu le droit à l’acte illisible) mais la plupart du temps, il suffit de naviguer d’acte en acte dans les archives en ligne pour retracer une lignée. A partir du précédent mariage (Jean Blot x Louise Françoise Merville), c’est ce qui s’est passé :

Jean Blot, l’aïeul, est donc le fils naturel d’Anne Blot, la bisaïeule. Outre Hippolyte, il aura d’autres enfants avec Mme Merville : Alexandra et Pierre François dont on trouve les actes de naissance assez facilement dans les tables décennales (c’est en ça qu’elles sont utiles, elles servent à reconstituer des fratries) :

Quand on regarde les différents actes, on trouve les références aux frères d’Anne Blot, les dénommés Jacques et Jean (vous avez vu, je déconnais pas avec les prénoms) dont les propres actes d’état civil permettent d’identifier les actes de naissance et de décès d’Anne Blot (et de confirmer l’identité de leurs parents, les trisaïeux de Henri Blot) qui est d’ailleurs originaire non pas de Saint-Sauveur-Levasville, ni de Louvilliers-lès-Perche mais de Crucey (Crucey-Villages) :

Anne Blot (qui s’est mariée avec un certain Georges Gouinbaut comme en témoigne son acte de décès) ainsi que Jacques et Jean Blot ses frères, ont pour parents Jean Blot (le trisaïeul) et Suzanne Dantu (aussi orthographié selon les actes « Anne » pour le prénom et « Dentu » comme nom) qui se sont mariés à Crucey dont ils sont eux aussi originaires :

La suite (la fin ?) relève de la spéculation : Jean Blot a 32 ans lorsqu’il se marie. On ne sait pas d’où il vient. Il y a la mention partielle « tout deux de cette [paroisse ?]«  mais on ne sait pas si ça s’adresse aux parents de (Suz)Anne Dantu ou aux deux mariés. Tout porte à croire qu’il est né à Crucey et je trouve justement un acte de naissance d’un Jean Blot, 32 ans auparavant en 1712, fils de Jean Blot, le quadrisaïeul, et de Anne Boudin. Pour les dates antérieures à la Révolution Française, vous l’aurez peut-être remarqué en lisant les derniers actes, ce ne sont pas les officiers d’Etat Civil mais les curés des paroisses. On ne parle plus d’actes de naissance et de décès mais de baptêmes et de sépultures. L’autre différence majeure est l’absence de tables décennales (voire de récapitulatif des actes à la fin de chaque année, cette pratique varie selon les villages et les époques). C’est pour ça que j’ai eu beaucoup de chance de trouver l’acte de mariage de Jean et Anne Boudin quelques mois avant la naissance de leur premier enfant, le 12 janvier 1712 (toujours à Crucey) :

Voilà, c’est l’acte le plus ancien de ces recherches de la lignée agnatique de Henri Blot, le vampire de Saint-Ouen. En supposant que Jean et Anne Boudin sont bien les parents de Jean Blot le trisaïeul (on n’est pas à l’abri d’une erreur de ma part), les ancêtres les plus anciens de Henri Blot sont donc Eustache Blot et Magdeleine Le Coq, décédés avant 1712, les parents de Jean Blot le quadrisaïeul. J’ai essayé d’aller plus loin dans les archives de Crucey et c’était possible parce que c’est joliment écrit (si vous avez la curiosité d’aller voir les archives du début du XVIIIème siècle à Louvilliers-lés-Perche par exemple, vous constaterez la chance que j’ai eu de devoir fouiller dans les archives de Crucey). Bref, comme je le disais, j’ai fouillé dans les archives antérieures de Crucey et je n’ai trouvé aucune autre référence au patronyme Blot. Tout porte à croire que Jean Blot le quadrisaïeul et ses parents Eustache et Magdeleine viennent d’un autre patelin. Mais autant il est facile de fouiller dans les tables décennales du XIXème siècle des autres villages autant c’est une autre paire de manche au XVIème, XVIIème et XVIIIème siècle : il faut que je me farcisse toutes les archives page par page. Actuellement, je manque de motivation pour ce travail harassant et ingrat. Je vais me contenter d’affirmer, jusqu’à preuve du contraire, que la lignée agnatique de Henri Blot, le vampire de Saint-Ouen, s’enracine dans le passé de l’Eure-et-Loir et que tout porte à croire que je ne suis pas un cousin éloigné du nécrophile puisque mes racines Blot s’enfoncent, elles, dans les terres de Mayenne.

Que de chemin parcouru et de temps passé depuis les quelques visites enregistrées sur mon site web ! Finalement, je m’arrêterai à Crucey-Villages, le premier lieu de passage de la lignée agnatique de Henri Blot. Je ne vous ai pas encore présenté ce patelin, en images à défaut d’en présenter l’histoire et la géographie (ces derniers points, wikipedia le fera mieux que moi) :

Entrée de Crucey

Crucey moulin en ruines

Crucey centrale solaire

Crucey Teknival 2008

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20 comments to De Google Analytics à la généalogie, en passant par la nécrophilie…

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